Les kiosquiers de la tour Eiffel expulsés: les «grands gagnants» sont les vendeurs à la sauvette et les grands groupes

D’ici la fin de l’année à Paris, les kiosques situés près de la tour Eiffel et du Trocadéro vont disparaître. En cause, les travaux de rénovation de la tour Eiffel, qui seront réalisés en vue d’accueillir les Jeux olympiques 2024. Les kiosquiers estiment leur perte à 10 millions d’euros, une somme dont pourrait bien bénéficier le marché noir.

La douzaine de kiosquiers officiels proposant des petits souvenirs, des boissons et de la nourriture devront quitter les abords de la tour Eiffel et du Trocadéro d’ici la fin de l’année, rapporte Le Parisien. Cette décision, qui s’inscrit dans la perspective des Jeux olympiques de 2024, provoque l’indignation des commerçants impactés.

« La vérité, c’est que ce chantier, c’est un enfumage pour se débarrasser des kiosquiers »

« Je sais que je vais pleurer quand ils vont enlever le kiosque », a expliqué au Parisien une employée du Kiosque des fontaines, situé face à la tour Eiffel. Bien que ces petits commerces payent un loyer dont la somme dépasse les 100.000€ annuels et emploient chacun une dizaine de vendeurs, la Ville multiplie les procédures pour les faire disparaître d’ici fin décembre.

 

Me Charles-Édouard Forgar, qui défend plusieurs de ces commerçants, estime que ces kiosques pourraient être déplacés à l’aide d’un transpalette afin d’être « posés où la mairie le souhaitera, au moins jusqu’à fin 2023. Mais la Ville n’a jamais répondu ». « La vérité, c’est que ce chantier, c’est un enfumage pour se débarrasser des kiosquiers. Pour certains, leur concession court pourtant jusqu’à 2025, et aucune indemnité n’a été proposée », se désole-t-il encore, assurant que « les kiosques ne dérangent absolument pas, ils ne sont même pas situés sur les coins de pelouse qui doivent être créés ».

Mais l’avocat de la Ville de Paris, lui, considère que ces kiosques sont gênants dans la réalisation du « projet site tour Eiffel-Trocadéro », la date butoir étant fin 2023. Ce chantier, dont le coût est estimé à 107 millions d’euros, n’a toutefois pas encore été validé par la préfecture de police de Paris en raison des questions de sécurité qu’il soulève.

La mairie de Paris défend un appel d’offres « très ambitieux » sur plusieurs points

« La mairie de Paris a lancé un appel d’offres pour toutes ces concessions qui ne seront pourvues qu’à l’issue des travaux, donc début 2024 », explique également Le Parisien, précisant que la Ville va désormais faire deux lots, l’un de six kiosques et l’autre de huit, et ce pour une durée de dix ans, ce qui risque de laisser sur la touche les commerçants. « De facto, cela empêche quiconque à part les grands groupes de postuler. Car il faut présenter des garanties bancaires rien que pour les loyers avoisinants presque 100 millions d’euros », pointe Me Charles-Édouard Forgar. « On attaquera cet appel d’offres », ajoute-t-il.

Et en attendant la fin des travaux, ce sont les vendeurs à la sauvette qui vont se frotter les mains car les touristes n’auront pas d’autre choix que de se tourner vers eux pour un petit souvenir de la Dame de fer. « Tous les gens qui veulent grignoter quelque chose iront acheter à des gens dans la rue qui ne respectent aucune règle d’hygiène », dénonce par ailleurs la fille de l’une des commerçantes impactées. Un kiosquier stipule en outre que certains vendeurs à la sauvette proposent des châtaignes grillées sur un barbecue de fortune fonctionnant avec des bouteilles de gaz, faisant remarquer que cela est « hyper dangereux ». « Notre kiosque, c’est notre bébé […]. Les grands gagnants dans cette histoire sont les vendeurs à la sauvette, à court terme, et les grands groupes à moyen terme. C’est triste », se désole-t-il.

L’avocat des kiosquiers, qui a déposé plusieurs recours, réclame un délai avant ces expulsions, ne serait-ce que pour licencier les salariés de ces commerces. De son côté, la mairie de Paris a signifié vouloir « améliorer la qualité architecturale et l’offre des produits offerts aux visiteurs » de ce secteur. « L’appel d’offres est très ambitieux sur la qualité des produits, l’engagement environnemental et social. Il a été prévu plusieurs lots, de tailles variées, permettant à différents candidats de présenter des offres, seuls ou en groupement », argumente-t-elle enfin auprès de nos confrères.

 

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crédit photo: capture d’écran

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