La Turquie déclenche l’offensive «Griffe Epée» contre les Kurdes en Syrie et en Irak

Dans une réplique apparente, des tirs de roquette effectués depuis le territoire syrien ont atteint un poste-frontière turc faisant au moins trois blessés, selon l’agence officielle turque Anadolu.

 

«L’heure des comptes a sonné !»

«Les avions ont décollé de leurs bases, l’opération aérienne a commencé», avait indiqué plus tôt le ministère dans un communiqué, une semaine après l’attentat meurtrier qui a frappé une rue commerçante au cœur d’Istanbul. L’opération a été menée «conformément aux droits de légitime défense découlant de l’article 51 de la Charte des Nations unies, afin d’éliminer les attaques terroristes du nord de l’Irak et de la Syrie, d’assurer la sécurité des frontières et d’éliminer le terrorisme à sa source», a-t-il affirmé.

Dans la nuit, sur Twitter, le ministère avait lancé : «L’heure des comptes a sonné ! Les salauds devront rendre des comptes pour leurs attaques perfides», après l’attentat d’Istanbul le 13 novembre dernier. «Les nids de la terreur sont rasés par des frappes de précision», ajoutait-il sans autre détail sur les cibles visées.

 

A la suite de l’attaque terroriste qui a fait le 13 novembre six morts et 81 blessés au cœur de la capitale turque, les autorités avaient immédiatement désigné le Parti des Travailleurs du Kurdistan (PKK) et les YPG (Unités de protection du peuple), milice kurde active en Syrie, accusée par la Turquie d’être affiliée au PKK. Ces organisations sont régulièrement visées par des opérations militaires turques dans le nord de l’Irak et de la Syrie. Le mois dernier, des accusations – démenties par les autorités turques – dénonçaient l’utilisation d’armes chimiques par l’armée d’Erdogan contre des combattants du PKK.

 

Bombardements «agressifs et barbares»

Près de 25 frappes aériennes ont été effectuées dans la nuit de samedi à dimanche par l’armée turque dans les provinces syriennes de Raqqa, Hassaké et d’Alep, faisant au moins 18 morts dans les rangs des forces kurdes, 12 morts dans ceux du régime syrien ainsi qu’un civil, et en blessant 40 autres selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), une ONG basée à Londres et qui dispose d’un vaste réseau de sources en Syrie.

Les frappes ont visé principalement la ville de Kobané et ses environs, près de la frontière turque, notamment des silos à grains près d’Al-Malikiyah, au nord-est, et une centrale électrique au sud de cette province, située dans des zones sous le contrôle des Forces démocratiques syriennes (FDS, coalition armée dominée par les Kurdes). «Kobané, la ville qui a défait l’Etat islamique, est la cible de bombardements par l’aviation de l’occupation turque», a annoncé Farhad Shami, un porte-parole des FDS, qui avait démenti tout lien avec l’attentat d’Istanbul. Le commandant en chef des FDS, Mazloum Abdi, dénoncé des bombardements «agressifs et barbares». «Le bombardement turc de nos zones menace la région entière, a-t-il tweeté. Ce bombardement ne sert aucun parti. Nous faisons tout pour éviter une catastrophe majeure. Si la guerre éclate, tout le monde sera affecté.»

 

En revanche, les frappes turques n’ont «pas fait de victimes» dans le nord de l’Irak. C’est du moins ce qu’affirme un responsable du gouvernement régional du Kurdistan d’Irak à l’Agence France Presse (AFP). «Les Turcs ont visé au moins huit zones où se trouvent des bases du PKK sans faire de victime civile», dit-il en citant les régions montagneuses de «Shingal, Rawanduz, Bradost, Qandil, Asos, Soran, Rania et Qaladzi», situées entre Erbil, la capitale du Kurdistan autonome irakien et la frontière iranienne.

Selon un porte-parole du PKK cité par l’AFP, «ces opérations ne sont pas nouvelles, elles durent sans discontinuer depuis sept mois». Il assure aussi que «l’armée turque a effectué 3 694 bombardements sur le sol du Kurdistan d’Irak» pendant cette période. Entre 2016 et 2019, l’armée turque a lancé trois opérations d’envergure dans le nord de la Syrie visant les milices et organisations kurdes.

 

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crédit photo: capture d’écran

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