Migrants : les Français majoritairement opposés à l’accueil des navires

Si l’amarrage du navire Ocean Viking à Toulon, vendredi 11 novembre, avec 234 personnes à son bord a suscité un bras de fer diplomatique avec l’Italie, il divise aussi la société française. Et fragilise, ainsi, un président de la République à l’électorat plus composite que jamais.

C’est ce que révèle une étude réalisée par l’institut de sondage indépendant Cluster 17 pour Le Point (sur un échantillon de 2 429 personnes). Ainsi nous apprend-elle que 41 % des Français se disent ? d’une façon générale ? favorables à l’accueil de navires de migrants dans les ports français, quand 55 % s’y déclarent défavorables.

 

« En même temps »

Une gageure pour Emmanuel Macron, dont l’électorat, mêle, lui aussi, des Français « en même temps » favorables à cet accueil et des concitoyens plus hostiles à leur venue. « Le président demeure toujours soutenu par un électorat de droite et de gauche », soulignent, à ce titre, les auteurs de l’étude.

Aussi, bien que la posture d’« ordre » adoptée par le président lors des crises (Gilets jaunes, Covid, guerre en Ukraine) et le rejet des populismes aient « participé à souder ses électeurs », le sujet de l’immigration « participe au contraire à les cliver sur l’axe identitaire », peut-on encore lire ; 59 % de son électorat s’y déclarant favorable, 38 % défavorable.

 

Sur les huit clusters (ou groupes constitués par l’institut, tels que des « sociaux républicains », « conservateurs », ou encore « libéraux ») l’ayant placé en tête du premier tour, cinq d’entre eux se déclarent pourtant opposés à l’accueil général des bateaux de migrants. De quoi ajouter à la difficulté du président de « gérer une telle crise », estiment les auteurs.

Considérant que « plus le cluster est à ?gauche?, plus vous êtes favorables à l’accueil » et inversement avec les clusters de ?droite?, la Nupes ou encore LR ou le RN bénéficient, ainsi, de coudées plus larges pour traiter le sujet. Et auraient même « tout intérêt à déstabiliser la majorité sur un tel sujet pour espérer ‘récupérer? une partie de leur électorat », notent encore les auteurs de l’étude.

 

Clivage de classes

Dernier enseignement de leur travail : les opinions des sondés relèvent d’éléments très caractéristiques de la sociologie politique. Ainsi, plus les Français sont jeunes, plus ils se montrent « accueillants ». Moins ils sont diplômés, moins ils le sont : 73 % des Français n’ayant pas le bac étant défavorables à l’accueil des migrants contre 57 % des bac + 5.

Mais le clivage de classe est lui aussi particulièrement net. Puisque plus les Français s’autopositionnent dans les classes populaires, plus ils sont opposés à l’accueil des migrants. Ainsi, 65 % de nos concitoyens appartenant aux « classes populaires défavorisées » déclarent être défavorables à cet accueil. Quand 68 % de ceux issus des « classes supérieures privilégiées » s’y disent favorables.

Des chiffres « touchant aux difficultés ontologiques de la gauche », observent encore les auteurs : « Les idées dominantes en matière d’identité ? au sein des classes populaires notamment ? sont assez décalées par rapport aux positionnements de la Nupes et de l’ensemble de ses composantes. » Ce qui expliquerait, en partie, « ses difficultés à élargir son socle électoral ».

 

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crédit photo: capture d’écran

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