En voulant refaire sa carte d’identité, elle découvre qu’elle est mariée à un inconnu

Habitante de Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), Barbara, 50 ans, a découvert à sa grande surprise qu’elle est mariée, depuis le 14 février 2009, à un homme qu’elle n’a jamais vu. Une mention étonnante inscrite par erreur dans son acte de naissance qui la handicape dans son quotidien.

 

Barbara, comme des milliers de personnes ces derniers mois, a entrepris de refaire sa carte d’identité et celle de son fils à l’été 2022, à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique). Quatre mois après, la pièce n’est toujours pas créée. Un retard ? Plutôt un blocage dû à un improbable imbroglio qui la lie, par les liens du mariage, à un homme… qu’elle n’a jamais vu. Retour en six actes sur une petite mention marginale dans l’acte naissance qui embarrasse le quotidien de cette mère de famille de 50 ans en retraite invalidité.

 

Refaire sa carte d’identité peut prendre beaucoup de temps.

 

Acte I : 19 juillet

Ce mardi-là, Barbara et son fils se rendent au centre temporaire de Saint-Nazaire, situé derrière la mairie, pour refaire leur pièce d’identité. Un rendez-vous qui devait être une formalité. Elle et son fil étant nés à Saint-Nazaire, nul besoin de l’acte de naissance.

« La Ville étant adhérente de la plateforme Comedec, nous transférons directement le document au service de la Préfecture », expose Éric Thill-Aubert, responsable du service population à la Ville. Barbara repart du centre avec une information : « Les délais d’attente sont de six à huit semaines pour recevoir la nouvelle carte. » Elle table donc sur mi-septembre.

Acte II : 6 octobre

Le délai d’attente est écoulé mais aucune nouvelle des cartes. Ni de la mairie. En consultant le site ANTS. gouv avec les deux numéros d’enregistrement, elle se rend compte qu’il y a un problème. « Il était indiqué qu’il n’y avait aucune demande de production de carte nationale d’identité (CNI). J’en conclus que nos dossiers sont bloqués. »

Elle décroche le téléphone pour en savoir plus. Au cours de la discussion, l’agent de l’état civil lui pose une question qui la laisse pantoise : « Vous souhaitez mettre épouse ou veuve devant votre nom marital ? » Après un blanc de quelques secondes, la Nazairienne lui répond : « Je ne suis pas et je n’ai jamais été mariée ».

Acte III : 26 octobre

Coup de fil de la mairie. « Je me dis chouette, les cartes sont prêtes », se remémore Barbara. Elle déchante rapidement. « Une autre personne me demande s’il faut inscrire épouse ou veuve derrière mon nom marital. » Même question, même réponse de la part de la requérante. « C’est là que j’apprends l’existence de la mention marginale inscrite sur mon acte de naissance. »

Pour régler le problème, on lui demande un mail certifiant sur l’honneur qu’elle n’est pas mariée. Le service état civil attend le feu vert. Éric Thill-Aubert reconnaît, sans chercher d’excuses, une erreur de leur part. « Il est possible de la corriger à condition d’être saisie par l’intéressée. Nous ne pouvons nous autosaisir. Le rectificatif peut être traité assez vite mais pour l’heure, nous n’avons pas reçu la demande. »

 

Acte IV : 28 octobre

Avant de signer quoi que ce soit, Barbara, interloquée, décide de se rendre à la mairie à l’improviste pour voir de ses propres yeux une copie de son acte de naissance. « Là, je vois que je suis marié depuis le 14 février 2009 à un inconnu. » C’est qui l’interpelle également c’est la date du prétendu mariage : le 14 février 2009 à Guérande.

La même année, en décembre, elle a donné naissance à son fils. En juin, elle a fait une reconnaissance prénatale de l’enfant. « Sur mon livret de famille, il n’y a jamais eu de problème. Il n’y a que mon nom dessus. » Son fils est une victime collatérale dans cette bourde administrative. « On me demande une carte d’identité pour prouver que je suis sa mère alors que le livret de famille suffirait. » Livret dans lequel ne figure aucune mention de mariage.

Acte V : 5-7 novembre

Pour démêler ce rocambolesque scénario, Barbara se met en quête de retrouver son faux mari à partir de son nom et prénom. Non sans mal. Ses investigations la conduisent dans le département de la Loire puis dans une commune des Pyrénées-Orientales.

« J’ai fini par l’avoir au téléphone samedi 5 novembre. J’ai senti qu’il avait beaucoup de mal à me croire. Il a rappelé deux jours après le lundi. L’état civil lui aurait indiqué que cette erreur n’a aucune conséquence pour lui. Elle doit bien en avoir pour sa femme ! », s’étonne Barbara qui ne partage ni prénom ni nom similaire avec la véritable épouse. « Nous sommes juste nés la même année à un jour d’écart dans la même ville. »

Acte VI : 25 novembre

En attendant que les choses rentrent dans l’ordre, Barbara vit sans carte d’identité depuis plusieurs mois avec toutes les complications que cela implique. « Je vais être opérée le 25 novembre. Avant, je dois faire une analyse de sang dans un laboratoire et ils m’ont demandé ma carte d’identité que je n’ai pas pu fournir. J’ai des dossiers administratifs en cours où on me demande de fournir une copie de la pièce. » Elle pense envoyer la demande de rectification pour être en règle avant cette opération mais veut « une confirmation juridique comme quoi c’est bien la bonne démarche à suivre ».

À la suite d’un cancer du sein, la quinquagénaire a régulièrement des consultations et des soins à la Cité sanitaire. « La carte d’identité est toujours demandée pour les formalités administratives. Heureusement pour moi, ils me connaissent. » Conscient des difficultés qu’une telle situation peut engendrer, le responsable du service population à la Ville pointe néanmoins un paradoxe. « En France, on demande très souvent une pièce d’identité pour tout un tas de choses alors qu’aucun texte ne vous oblige à en avoir une. »

 

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crédit photo: capture d’écran

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