“J’ai encore du mal à en parler” : une transgenre rouée de coups en pleine rue au Maroc

Rouée de coups, insultée et filmée : dans la nuit de 11 au 12 novembre, une femme trangenre a été violemment agressée par un groupe de jeunes dans une rue de Tanger.

Cinq personnes ont été arrêtées à la suite de cette agression dont des vidéos ont été relayées sur les réseaux sociaux.

Contactée par la rédaction des Observateurs de France 24, la victime raconte son calvaire.

Deux vidéos de l’agression ont été diffusées, dimanche 13 novembre, sur les réseaux sociaux.

Nous n’en publions que des captures d’écran étant donné leur caractère choquant.

Sur une première vidéo, on voit un groupe de jeunes frapper une personne vêtue d’une robe et qui tient une perruque à la main.

La victime tente de se défendre mais elle est rapidement coincée contre un arbre par le groupe qui lui assène alors une série de coups sur la tête en proférant des insultes homophobes.

Sur la deuxième vidéo, la victime tente de s’échapper mais est rattrapée par des jeunes, et se retrouve cette fois à terre, rouée de coups au niveau notamment du dos et de la tête.

Peu après la diffusion de la vidéo, la police de Tanger a arrêté cinq jeunes hommes, âgés de 13 à 24 ans.

“J’ai eu un choc car on voit mon visage sur la vidéo”
Surnommée “Haïfa”, la victime raconte que l’agression est survenue alors qu’elle descendait d’un taxi en compagnie de deux amis.

Un jeune a arraché la casquette de l’un de mes amis et l’a jeté à ses copains.

Ces jeunes ont commencé à s’envoyer la casquette en se moquant de mon ami.

Je suis alors intervenue pour leur demander de lui rendre sa casquette.

Et c’est là qu’ils ont commencé à me rouer de coups et à m’insulter.

Les deux garçons qui m’accompagnaient ont pris la fuite, et je suis restée seule au milieu de cette foule qui me tabassait.

Je me suis défendue comme j’ai pu, mais les coups de poing et les coups de pied ne se sont pas arrêtés.

Quelqu’un m’a jeté du diluant au visage, je ne pouvais plus voir.

Un autre m’a frappé à plusieurs reprises au niveau de la tête avec un objet dur, je pense que c’était le manche d’un couteau.

Je suis finalement parvenue à me réfugier dans une discothèque non loin.

Les videurs m’ont protégée, ils ont empêché les agresseurs d’entrer.

La police est alors arrivée et m’a demandé si je souhaitais porter plainte.

Mais je ne voulais pas me rendre au commissariat habillée comme je l’étais, je ne me sentais pas rassurée.

Le lendemain, j’ai découvert que l’agression avait été filmée et que la vidéo était partout sur les réseaux sociaux.

J’ai eu un choc car on voit mon visage sur la vidéo, et j’ai peur de la réaction de mes parents.

J’ai des bosses partout sur la tête et mon dos est recouvert de bleus.

Je me suis rendue à l’hôpital pour me faire soigner, et le médecin m’a donné 25 jours d’arrêt maladie.

Lundi 14 novembre, la police m’a contacté pour m’annoncer l’arrestation de plusieurs suspects.

Je me suis donc rendu au commissariat central de Tanger pour identifier les identifier et porter plainte contre eux.

Une amie a contacté des militants LGBT et des ONG pour alerter sur mon agression.

Ces ONG m’ont fourni notamment une aide juridique, je suis désormais soutenue par cinq avocats.

Je n’ai pas dormi pendant deux jours. Je suis toujours sous le choc, j’ai encore du mal à en parler.

Mardi 15 novembre, les cinq suspects devaient être présentés devant la procureur du Roi.

Ils sont accusés d’“être impliqués dans une affaire de coups et blessures sur la voie publique”.

LIRE SUR LES OBSERVATEURS : Au Maroc, une vague de délation des homosexuels en plein confinement

Ce n’est pas la première fois qu’une vidéo d’agression contre des personnes LGBT au Maroc circule sur les réseaux sociaux.

En mars 2016, des agresseurs s’étaient filmés en train de torturer deux hommes accusés d’homosexualité dans leur propre appartement à Beni Mellal.

L’homosexualité est pénalement répréhensible, l’article 489 du code pénal au Maroc criminalisant “les actes licencieux ou contre nature avec un individu du même sexe”.

Des ONG de défense des droits humains de la communauté LGBT réclament depuis plusieurs années son abrogation, sans résultat.

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Crédit photo : Capture d’écran

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