« Coup de rabot », « population en otage »… Pourquoi les laboratoires et le gouvernement s’écharpent sur les fichiers Covid

Depuis jeudi 27 octobre, les biologistes ont décidé de ne plus alimenter le fichier national des tests de dépistage du Covid-19 (SI-DEP), dispositif qui permet de suivre l’épidémie en France.

La raison ? Ils protestent contre le « rabot aveugle » du budget de la Sécu, qui propose « une baisse des tarifs par arrêté » à défaut d’un « accord présentant des économies significatives » avant le 1er février, à hauteur « d’au moins 250 millions ».

« “Vivre avec le Covid”, ça ne veut rien dire ! »
Si la profession entendait « envoyer un message » au gouvernement en annonçant son boycott mercredi, celui-ci n’a pas modifié la mesure et a déclenché le soir même un troisième 49.3 pour adopter son projet de loi en l’état.

Les discussions ayant été arrêtées  dixit le ministre de la Santé François Braun- et les biologistes menaçant d’« une grève si le gouvernement ne (les) comprend pas », le conflit semble parti pour durer.

Qu’est-ce que le boycott va changer ?
Concrètement, la situation ne changera pas pour les patients qui iront se faire tester.

Les laboratoires fonctionnent (pour l’instant) normalement et ils continueront d’envoyer les résultats aux personnes testées.

En revanche, les biologistes arrêteront d’envoyer les résultats des tests sur le fichier national des tests de dépistage du Covid-19 (SI-DEP).

« Il n’y aura plus de suivi possible de l’épidémie », prévient le président de l’Alliance pour la biologie médicale, Alain Le Meur.

Faut-il continuer à se faire tester en masse contre le coronavirus ?
En pleine 8e vague (depuis septembre), les autorités sanitaires n’auront donc plus aucune visibilité sur l’avancée (ou le recul) de l’épidémie. « Ils [les biologistes] nous rendent aveugle face à la gestion d’une épidémie qui tue encore », s’est insurgé François Braun, ce vendredi 28 octobre sur Europe 1.

L’alimentation du SI-DEP étant la condition pour être remboursé par l’Assurance maladie, les laboratoires ne recevront plus d’argent de l’état – un manque à gagner évalué à 14 millions d’euros par semaine.

Qu’est-ce que reprochent les biologistes au budget de la Sécu ?
Lors de discussions entamées entre la profession et le gouvernement, il a été demandé aux biologistes de « faire un effort » en économisant 250 millions d’euros chaque année.

« Tout le monde doit faire un effort pour que notre système de santé, notre Sécurité sociale puissent vivre, qu’on puisse continuer à rembourser les soins à l’ensemble des Français », a de nouveau précisé le ministre de la Santé ce vendredi.

Covid : faut-il proposer une quatrième dose à tout le monde ?
Mais alors que les discussions sur les modalités de cette économie étaient en discussion, les biologistes n’ont pas compris le « coup de rabot » imposé mercredi soir par un passage en force du budget de la Sécu.

Une décision qui risque de « désorganiser structurellement toute une filière reconnue comme exemplaire » pour son rôle durant l’épidémie, a estimé l’Alliance de la Biologie Médicale (ABM), qui regroupe les syndicats et les principaux groupes de laboratoires.

Plutôt qu’une « cure d’économie » pour « régler une situation qui n’est que conjoncturelle », ses membres se disent « prêts à travailler à une régulation tarifaire pour participer à la maîtrise des dépenses de santé » et ajoutent avoir soumis jeudi matin à l’Assurance maladie « une contre-proposition » pour les trois prochaines années.

Pourquoi le gouvernement s’insurge de ce boycott ?
Le ministre de la Santé n’a pas caché sa colère ce vendredi matin au moment d’évoquer le boycott « inadmissible » des biologistes.

« L’attitude des représentants des biologistes est inconséquente, inconsciente, inadmissible, je leur ai écrit pour leur dire », a-t-il déclaré sur Europe 1.

Selon lui, ces biologistes « prennent en otage l’ensemble de la population ».

Le ministre a par ailleurs estimé que « c’est un secteur qui a largement profité de la crise Covid », passant de « 900 millions de bénéfices en 2019 à 1,6 milliard en 2020 et 3 milliards en 2021 et ça, c’est l’argent de la Sécurité sociale », a-t-il lancé.

« 7 milliards d’euros de chiffre d’affaires en plus grâce aux tests Covid payés par la Sécurité sociale pendant la crise Covid [en deux ans], dans un secteur qui est déjà très rentable qui a des marges qui sont passées je crois de 18 % à 26 % », a insisté jeudi sur Franceinfo Gabriel Attal.

Ce rappel des bénéfices des laboratoires par le gouvernement sonne comme une manière de dénoncer l’indécence des revendications des laboratoires.

« Tout le monde fait des efforts dans des secteurs qui ont eu un certain nombre de bénéfices ces dernières années  à un moment il faut qu’il y ait une contribution évidemment qui soit apportée », a encore dit le ministre du Budget.

La définition de la taxe contre les superprofits en somme.

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Crédit photo : Capture d’écran

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