La reine Elizabeth II est morte, après soixante-dix ans d’un règne hors du commun

File photo dated 29/06/77 of Queen Elizabeth II on a walk-about in Portsmouth during her Silver Jubilee tour of Great Britain. She marked 25 years on the throne with a busy UK tour, visiting 36 counties over 10 weeks, as well as travelled 56,000 miles around the world in celebration. … Queen’s reign in pictures … 23-08-2015 … Portsmouth … UK … Photo credit should read: PA/PA Wire. Unique Reference No. 23887533 … Issue date: Sunday August 23, 2015. Queen Elizabeth II has been monarch for more than 63 years and is set to become Britain’s longest reigning monarch on September 9. See PA story ROYAL Reign Photos. Photo credit should read: PA Wire /ABACAPRESS.COM

NécrologieLa monarque, qui avait accédé au trône en 1952 à l’âge de 26 ans, est morte le 8 septembre à 96 ans. Souveraine impassible, vénérée par le peuple britannique, cheffe des armées, gouverneure suprême de l’Eglise anglicane, interlocutrice de quinze premiers ministres britanniques, elle laisse une empreinte durable sur la monarchie.

C’était en 1991 à Harare, capitale du Zimbabwe, à l’issue d’un sommet du Commonwealth. Quand Elizabeth II a fait son apparition sous la marquise dressée sur la pelouse du Haut-Commissariat britannique, l’invité s’est figé. La souveraine est plus petite qu’on ne l’imagine. Sa poignée de main est molle. Sa voix nasillarde, ses fins de phrase pratiquement inaudibles. Cette femme qui dégage une autorité naturelle toise son interlocuteur d’un sourire à peine esquissé. Le dialogue se limite à deux questions banales. Un court silence s’installe. La reine disparaît. La monarque excelle dans cette double nécessité de paraître à la fois accessible et inaccessible. C’est une vraie reine, comme l’avait déclaré, admiratif, le président Mitterrand.

On avait toujours l’impression d’avoir vu Elizabeth II, morte le 8 septembre, à l’âge de 96 ans, dans un musée de cire, comme chez Madame Tussauds à Londres. C’est que cette page vivante d’histoire avait été l’interlocutrice de quinze premiers ministres britanniques, de treize présidents américains, de l’ensemble des chefs d’Etat de la Ve République. N’avait-elle pas eu pour interlocuteurs toutes les personnalités politiques de la planète, de Churchill à de Gaulle en passant par Kennedy et par Nehru ?

C’était en même temps un symbole. Sous son règne, le Royaume-Uni avait connu toutes les joies du succès et les affres de la défaite, démontrant ainsi qu’une nation prise entre un équilibre ancien déjà rompu et un équilibre nouveau qui reste à inventer peut, à travers la monarchie, se refaire.
Courtoise, imperturbable

Monarque la plus photographiée et peinte du globe, Elizabeth II était, de surcroît, un ordinateur vivant. Si elle n’avait pas été reine, murée dans son silence et dans une dignité qui siéent non seulement à un chef d’Etat et d’un Empire, aujourd’hui devenu Commonwealth, mais encore au chef des armées et au gouverneur suprême de l’Eglise anglicane, quelle mémorialiste elle aurait pu être ! On peut toutefois se demander si secrètement cette femme petite, timide, à l’éducation sommaire, n’a pas détesté cette charge sa vie durant.

Peu embarrassée de préoccupations littéraires ou artistiques, Elizabeth II était le prototype même de cette « gentry terrienne » anglaise toute dévouée au culte des animaux. En dehors de ses visites officielles, elle était toujours entourée de ses chers corgis assurés d’un soin particulier. Personne n’avait jamais rien pu lire sur ce visage lourd de secrets qu’elle emporte dans sa tombe.

 

C’était toujours la même impassibilité dans les situations les plus dramatiques, la même maîtrise devant des événements éprouvants. L’image la montrant seule, sur une stalle de la chapelle du château de Windsor, toute vêtue de noir face au cercueil de son époux le prince Philip, lors des obsèques de ce dernier, le 17 avril 2021, résume son stoïcisme. Courtoise, imperturbable, elle n’avait jamais sourcillé face aux attaques cruelles de la presse tabloïde contre sa famille, en particulier lors de la crise provoquée par la mort de la princesse Diana, dans un accident de la circulation, à Paris, le 31 août 1997. La reine, probablement affectée par la rupture, en 2020, de son petit-fils Harry et de son épouse Meghan Markle avec les Windsor et par les accusations de racisme qu’ils ont portés contre la famille royale – accusations qui épargnaient la souveraine – n’en a rien laissé paraître, tentant seulement, par un communiqué, d’apaiser les tensions. Elle n’a rien exprimé lorsque son fils Andrew a été accusé d’agression sexuelle sur une mineure, mais lui a retiré, en janvier 2022, ses titres militaires et ses parrainages d’associations. Même à ses rares amis, Elizabeth II ne se livrait guère.

Lorsqu’elle naît à Londres, dans l’élégant quartier de Mayfair, le 21 avril 1926, rien ne prédestine Elizabeth Mary Windsor au trône. Elle est le premier enfant du duc et de la duchesse d’York. Le duc est le second fils du roi George V, auquel a succédé tout naturellement, le 20 janvier 1936, le prince de Galles, Edward. Nièce du futur roi, elle est promise à devenir un membre mineur de la famille royale.

Le cheval, la passion de sa vie

Son enfance est idyllique. Mais le 10 décembre 1936, à la suite de l’abdication de son oncle, Edward VIII, son père monte sur le trône sous le nom de George VI. Devenue princesse héritière à 10 ans, Elizabeth se retrouve avec ses parents et sa jeune sœur, Margaret, propulsée, du jour au lendemain, sous les projecteurs de l’actualité.

Très vite, elle fait l’apprentissage des charges qui seront les siennes. Tandis que Margaret se distingue par sa fantaisie, Elizabeth se caractérise par son sérieux et son application. Sa gouvernante, la vicomtesse Marie-Antoinette de Bellaigue, lui enseigne le français. La princesse, alors âgée de 13 ans, prononce son premier discours officiel dans notre langue à l’occasion de la visite d’Etat à Londres du président Lebrun en 1939.

Elizabeth n’a jamais fréquenté aucune école. Des tuteurs privés l’initient également à l’allemand, langue dans laquelle elle a rapidement pu tenir une conversation, mais aussi à l’histoire et aux rudiments des affaires de l’Etat. La princesse apprend à monter à cheval, sport qui restera sa grande passion, de même que les courses et son écurie à ses couleurs. La vie de famille est calme, équilibrée, un peu guindée sous l’effet d’un protocole rigoureux.

 

Père adoré, George VI est un homme timide, foncièrement bienveillant, mais frappé d’un terrible bégaiement. De plus, il est tourmenté par une charge qu’il n’a ni cherchée ni souhaitée. Lors du déclenchement de la seconde guerre mondiale, en septembre 1939, le roi veut envoyer son épouse et ses deux filles au Canada, comme le suggère Winston Churchill, le premier ministre du Royaume-Uni.

Face au refus de la reine de le quitter, les princesses restent au château de Windsor, en dehors de Londres, plutôt qu’à Buckingham Palace, jugé trop vulnérable. Pour remonter le moral de la nation, « Lilibet », son surnom, princesse héritière, multiplie les apparitions publiques, en uniforme de grenadier de la garde ou en ambulancière alors qu’elle apprend à conduire au camp militaire d’Aldershot. Fin 1944, munie de son permis, Elizabeth, matricule 230873, rejoint l’armée de réserve, comme conductrice de camion. A plusieurs reprises, elle s’adresse à la radio à ses futurs sujets.
Reine à 26 ans

La paix revenue, Elizabeth accompagne ses parents dans leurs voyages, en province comme dans le Commonwealth, et prononce ses premiers discours. Son mariage, le 20 novembre 1947, avec un cousin éloigné, Philip Mountbatten, membre de la famille royale grecque et ancien écuyer du roi, est l’un des premiers reportages télévisés retransmis à travers l’Europe occidentale. De ce mariage d’amour apportant bonheur et équilibre nécessaires à l’exécution des tâches de souveraine naîtront quatre enfants : Charles (1948), Anne (1950), Andrew (1960) et Edward (1964). Ils donneront à Elizabeth et à Philip huit petits-enfants. Mais la santé de son père, atteint d’un cancer, épuisé par la lourdeur de la Couronne, chancelle.

 

En ce début 1952, aux côtés de Philip, la princesse effectue une visite officielle au Kenya, première étape d’une tournée qui doit l’emmener dans le sous-continent indien et en Australie. Le 6 février, le roi George VI meurt pendant son sommeil au château de Sandringham. Sa fille aînée, alors âgée de 26 ans, lui succède.

A l’aéroport d’Heathrow, le 7 février, les hommes politiques alignés derrière le chef du gouvernement, Winston Churchill, en pardessus noir, accueillent une fine et frêle silhouette qui descendait de la passerelle de l’avion en provenance d’Entebbe. Dans l’enveloppe contenant le document d’accession, le grand chambellan doit écrire le nom choisi par la nouvelle monarque. Elle aurait pu choisir Mary III plutôt que de risquer une éventuelle confusion avec sa mère, la reine Elizabeth. Elle opte en faveur de son premier prénom.

Le 8 février 1952, à 11 h 15, Elizabeth II est proclamée reine de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, cheffe du Commonwealth, gouverneure suprême de l’Eglise d’Angleterre et commandante en chef des forces armées britanniques.

 

durable sur la monarchie.

C’était en 1991 à Harare, capitale du Zimbabwe, à l’issue d’un sommet du Commonwealth. Quand Elizabeth II a fait son apparition sous la marquise dressée sur la pelouse du Haut-Commissariat britannique, l’invité s’est figé. La souveraine est plus petite qu’on ne l’imagine. Sa poignée de main est molle. Sa voix nasillarde, ses fins de phrase pratiquement inaudibles. Cette femme qui dégage une autorité naturelle toise son interlocuteur d’un sourire à peine esquissé. Le dialogue se limite à deux questions banales. Un court silence s’installe. La reine disparaît. La monarque excelle dans cette double nécessité de paraître à la fois accessible et inaccessible. C’est une vraie reine, comme l’avait déclaré, admiratif, le président Mitterrand.

On avait toujours l’impression d’avoir vu Elizabeth II, morte le 8 septembre, à l’âge de 96 ans, dans un musée de cire, comme chez Madame Tussauds à Londres. C’est que cette page vivante d’histoire avait été l’interlocutrice de quinze premiers ministres britanniques, de treize présidents américains, de l’ensemble des chefs d’Etat de la Ve République. N’avait-elle pas eu pour interlocuteurs toutes les personnalités politiques de la planète, de Churchill à de Gaulle en passant par Kennedy et par Nehru ?

C’était en même temps un symbole. Sous son règne, le Royaume-Uni avait connu toutes les joies du succès et les affres de la défaite, démontrant ainsi qu’une nation prise entre un équilibre ancien déjà rompu et un équilibre nouveau qui reste à inventer peut, à travers la monarchie, se refaire.
Courtoise, imperturbable

Monarque la plus photographiée et peinte du globe, Elizabeth II était, de surcroît, un ordinateur vivant. Si elle n’avait pas été reine, murée dans son silence et dans une dignité qui siéent non seulement à un chef d’Etat et d’un Empire, aujourd’hui devenu Commonwealth, mais encore au chef des armées et au gouverneur suprême de l’Eglise anglicane, quelle mémorialiste elle aurait pu être ! On peut toutefois se demander si secrètement cette femme petite, timide, à l’éducation sommaire, n’a pas détesté cette charge sa vie durant.
La Reine Elizabeth et sa jeune fille la Princesse Anne dans l’intimite de Frogmore avec leur cheval et leurs chiens, en 1950 à Windsor, Royaume-Uni.
La Reine Elizabeth et sa jeune fille la Princesse Anne dans l’intimite de Frogmore avec leur cheval et leurs chiens, en 1950 à Windsor, Royaume-Uni. KEYSTONE-FRANCE

Peu embarrassée de préoccupations littéraires ou artistiques, Elizabeth II était le prototype même de cette « gentry terrienne » anglaise toute dévouée au culte des animaux. En dehors de ses visites officielles, elle était toujours entourée de ses chers corgis assurés d’un soin particulier. Personne n’avait jamais rien pu lire sur ce visage lourd de secrets qu’elle emporte dans sa tombe.

Même à ses rares amis, Elizabeth II ne se livrait guère

C’était toujours la même impassibilité dans les situations les plus dramatiques, la même maîtrise devant des événements éprouvants. L’image la montrant seule, sur une stalle de la chapelle du château de Windsor, toute vêtue de noir face au cercueil de son époux le prince Philip, lors des obsèques de ce dernier, le 17 avril 2021, résume son stoïcisme. Courtoise, imperturbable, elle n’avait jamais sourcillé face aux attaques cruelles de la presse tabloïde contre sa famille, en particulier lors de la crise provoquée par la mort de la princesse Diana, dans un accident de la circulation, à Paris, le 31 août 1997. La reine, probablement affectée par la rupture, en 2020, de son petit-fils Harry et de son épouse Meghan Markle avec les Windsor et par les accusations de racisme qu’ils ont portés contre la famille royale – accusations qui épargnaient la souveraine – n’en a rien laissé paraître, tentant seulement, par un communiqué, d’apaiser les tensions. Elle n’a rien exprimé lorsque son fils Andrew a été accusé d’agression sexuelle sur une mineure, mais lui a retiré, en janvier 2022, ses titres militaires et ses parrainages d’associations. Même à ses rares amis, Elizabeth II ne se livrait guère.

Lorsqu’elle naît à Londres, dans l’élégant quartier de Mayfair, le 21 avril 1926, rien ne prédestine Elizabeth Mary Windsor au trône. Elle est le premier enfant du duc et de la duchesse d’York. Le duc est le second fils du roi George V, auquel a succédé tout naturellement, le 20 janvier 1936, le prince de Galles, Edward. Nièce du futur roi, elle est promise à devenir un membre mineur de la famille royale.
Le cheval, la passion de sa vie

Son enfance est idyllique. Mais le 10 décembre 1936, à la suite de l’abdication de son oncle, Edward VIII, son père monte sur le trône sous le nom de George VI. Devenue princesse héritière à 10 ans, Elizabeth se retrouve avec ses parents et sa jeune sœur, Margaret, propulsée, du jour au lendemain, sous les projecteurs de l’actualité.

Très vite, elle fait l’apprentissage des charges qui seront les siennes. Tandis que Margaret se distingue par sa fantaisie, Elizabeth se caractérise par son sérieux et son application. Sa gouvernante, la vicomtesse Marie-Antoinette de Bellaigue, lui enseigne le français. La princesse, alors âgée de 13 ans, prononce son premier discours officiel dans notre langue à l’occasion de la visite d’Etat à Londres du président Lebrun en 1939.

Elizabeth n’a jamais fréquenté aucune école. Des tuteurs privés l’initient également à l’allemand, langue dans laquelle elle a rapidement pu tenir une conversation, mais aussi à l’histoire et aux rudiments des affaires de l’Etat. La princesse apprend à monter à cheval, sport qui restera sa grande passion, de même que les courses et son écurie à ses couleurs. La vie de famille est calme, équilibrée, un peu guindée sous l’effet d’un protocole rigoureux.

Père adoré, George VI est un homme timide, foncièrement bienveillant, mais frappé d’un terrible bégaiement. De plus, il est tourmenté par une charge qu’il n’a ni cherchée ni souhaitée. Lors du déclenchement de la seconde guerre mondiale, en septembre 1939, le roi veut envoyer son épouse et ses deux filles au Canada, comme le suggère Winston Churchill, le premier ministre du Royaume-Uni.

Face au refus de la reine de le quitter, les princesses restent au château de Windsor, en dehors de Londres, plutôt qu’à Buckingham Palace, jugé trop vulnérable. Pour remonter le moral de la nation, « Lilibet », son surnom, princesse héritière, multiplie les apparitions publiques, en uniforme de grenadier de la garde ou en ambulancière alors qu’elle apprend à conduire au camp militaire d’Aldershot. Fin 1944, munie de son permis, Elizabeth, matricule 230873, rejoint l’armée de réserve, comme conductrice de camion. A plusieurs reprises, elle s’adresse à la radio à ses futurs sujets.
Reine à 26 ans

La paix revenue, Elizabeth accompagne ses parents dans leurs voyages, en province comme dans le Commonwealth, et prononce ses premiers discours. Son mariage, le 20 novembre 1947, avec un cousin éloigné, Philip Mountbatten, membre de la famille royale grecque et ancien écuyer du roi, est l’un des premiers reportages télévisés retransmis à travers l’Europe occidentale. De ce mariage d’amour apportant bonheur et équilibre nécessaires à l’exécution des tâches de souveraine naîtront quatre enfants : Charles (1948), Anne (1950), Andrew (1960) et Edward (1964). Ils donneront à Elizabeth et à Philip huit petits-enfants. Mais la santé de son père, atteint d’un cancer, épuisé par la lourdeur de la Couronne, chancelle.
A Buckingham Palace, en 1951, un an avant son accession au trône britannique.
A Buckingham Palace, en 1951, un an avant son accession au trône britannique. BARON/CAMERAPRESS / G19

En ce début 1952, aux côtés de Philip, la princesse effectue une visite officielle au Kenya, première étape d’une tournée qui doit l’emmener dans le sous-continent indien et en Australie. Le 6 février, le roi George VI meurt pendant son sommeil au château de Sandringham. Sa fille aînée, alors âgée de 26 ans, lui succède.

A l’aéroport d’Heathrow, le 7 février, les hommes politiques alignés derrière le chef du gouvernement, Winston Churchill, en pardessus noir, accueillent une fine et frêle silhouette qui descendait de la passerelle de l’avion en provenance d’Entebbe. Dans l’enveloppe contenant le document d’accession, le grand chambellan doit écrire le nom choisi par la nouvelle monarque. Elle aurait pu choisir Mary III plutôt que de risquer une éventuelle confusion avec sa mère, la reine Elizabeth. Elle opte en faveur de son premier prénom.

Le 8 février 1952, à 11 h 15, Elizabeth II est proclamée reine de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, cheffe du Commonwealth, gouverneure suprême de l’Eglise d’Angleterre et commandante en chef des forces armées britanniques.
Une nouvelle ère « élizabéthaine »

« Dieu m’aide à remplir dignement cette lourde tâche qui m’échoit si tôt dans ma vie », déclare le 40e souverain britannique à régner depuis Guillaume le Conquérant d’une voix un tantinet stridente mais assurée. Une photo mémorable montre les trois reines réunies – Elizabeth, sa mère et sa grand-mère Mary – autour du catafalque à Westminster Hall, portant de longs voiles noirs.

Avec ce cliché, le pays se sent immortel. La jeune reine est un nouveau maillon de la chaîne nationale à travers les âges, d’Egbert de Wessex aux Saxe-Cobourg-Gotha rebaptisés Windsor. Seize mois plus tard, elle est couronnée dans l’abbaye de Westminster, une cérémonie qui sera l’une des premières fêtes cathodiques depuis l’avènement de la télévision.

Winston Churchill évoque alors le début d’une nouvelle ère « élizabéthaine », en souvenir d’Elizabeth Ire (1558-1603), qui avait hérité d’un royaume désuni et faible et avait légué une nation riche et redoutée. Au début de son règne, la force d’Albion pouvait encore faire illusion.

Cette année-là, la Grande-Bretagne accédait au rang de puissance nucléaire. Mais le pays était épuisé économiquement par la victoire sur le nazisme chèrement acquise, la livre tombait, le produit intérieur brut chutait, les conflits sociaux se multipliaient, l’Empire craquait de toutes parts sous les effets de la décolonisation.

 

Dans les années qui suivent son couronnement, cette jeune femme apparemment effacée jouit d’un prestige personnel auquel personne ne s’attendait. Aucun doute, pour tenir la fonction, la reine possède un trait de caractère indispensable, que les uns appellent détermination, les autres autorité. Si elle n’a de la reine Victoria (1837-1901), sa trisaïeule montée sur le trône à l’âge de 17 ans, ni l’ironie cinglante ni le sévère chignon, le profil est le même, celui du contrôle de soi empreint de froideur.

Avec une habileté redoutable, elle contrecarre les manœuvres de son oncle, Lord Mountbatten, visant à restaurer la lignée éponyme remplacée par Windsor en 1917 en raison des sentiments anti-germaniques nourris par la population lors de la première guerre mondiale. Elle refuse ensuite le titre de consort à Philip et marginalise sa mère, dont l’influence demeurait grande au sein de la vieille garde du palais.

durable sur la monarchie.

C’était en 1991 à Harare, capitale du Zimbabwe, à l’issue d’un sommet du Commonwealth. Quand Elizabeth II a fait son apparition sous la marquise dressée sur la pelouse du Haut-Commissariat britannique, l’invité s’est figé. La souveraine est plus petite qu’on ne l’imagine. Sa poignée de main est molle. Sa voix nasillarde, ses fins de phrase pratiquement inaudibles. Cette femme qui dégage une autorité naturelle toise son interlocuteur d’un sourire à peine esquissé. Le dialogue se limite à deux questions banales. Un court silence s’installe. La reine disparaît. La monarque excelle dans cette double nécessité de paraître à la fois accessible et inaccessible. C’est une vraie reine, comme l’avait déclaré, admiratif, le président Mitterrand.

On avait toujours l’impression d’avoir vu Elizabeth II, morte le 8 septembre, à l’âge de 96 ans, dans un musée de cire, comme chez Madame Tussauds à Londres. C’est que cette page vivante d’histoire avait été l’interlocutrice de quinze premiers ministres britanniques, de treize présidents américains, de l’ensemble des chefs d’Etat de la Ve République. N’avait-elle pas eu pour interlocuteurs toutes les personnalités politiques de la planète, de Churchill à de Gaulle en passant par Kennedy et par Nehru ?

C’était en même temps un symbole. Sous son règne, le Royaume-Uni avait connu toutes les joies du succès et les affres de la défaite, démontrant ainsi qu’une nation prise entre un équilibre ancien déjà rompu et un équilibre nouveau qui reste à inventer peut, à travers la monarchie, se refaire.
Courtoise, imperturbable

Monarque la plus photographiée et peinte du globe, Elizabeth II était, de surcroît, un ordinateur vivant. Si elle n’avait pas été reine, murée dans son silence et dans une dignité qui siéent non seulement à un chef d’Etat et d’un Empire, aujourd’hui devenu Commonwealth, mais encore au chef des armées et au gouverneur suprême de l’Eglise anglicane, quelle mémorialiste elle aurait pu être ! On peut toutefois se demander si secrètement cette femme petite, timide, à l’éducation sommaire, n’a pas détesté cette charge sa vie durant.
La Reine Elizabeth et sa jeune fille la Princesse Anne dans l’intimite de Frogmore avec leur cheval et leurs chiens, en 1950 à Windsor, Royaume-Uni.
La Reine Elizabeth et sa jeune fille la Princesse Anne dans l’intimite de Frogmore avec leur cheval et leurs chiens, en 1950 à Windsor, Royaume-Uni. KEYSTONE-FRANCE

Peu embarrassée de préoccupations littéraires ou artistiques, Elizabeth II était le prototype même de cette « gentry terrienne » anglaise toute dévouée au culte des animaux. En dehors de ses visites officielles, elle était toujours entourée de ses chers corgis assurés d’un soin particulier. Personne n’avait jamais rien pu lire sur ce visage lourd de secrets qu’elle emporte dans sa tombe.

Même à ses rares amis, Elizabeth II ne se livrait guère

C’était toujours la même impassibilité dans les situations les plus dramatiques, la même maîtrise devant des événements éprouvants. L’image la montrant seule, sur une stalle de la chapelle du château de Windsor, toute vêtue de noir face au cercueil de son époux le prince Philip, lors des obsèques de ce dernier, le 17 avril 2021, résume son stoïcisme. Courtoise, imperturbable, elle n’avait jamais sourcillé face aux attaques cruelles de la presse tabloïde contre sa famille, en particulier lors de la crise provoquée par la mort de la princesse Diana, dans un accident de la circulation, à Paris, le 31 août 1997. La reine, probablement affectée par la rupture, en 2020, de son petit-fils Harry et de son épouse Meghan Markle avec les Windsor et par les accusations de racisme qu’ils ont portés contre la famille royale – accusations qui épargnaient la souveraine – n’en a rien laissé paraître, tentant seulement, par un communiqué, d’apaiser les tensions. Elle n’a rien exprimé lorsque son fils Andrew a été accusé d’agression sexuelle sur une mineure, mais lui a retiré, en janvier 2022, ses titres militaires et ses parrainages d’associations. Même à ses rares amis, Elizabeth II ne se livrait guère.

Lorsqu’elle naît à Londres, dans l’élégant quartier de Mayfair, le 21 avril 1926, rien ne prédestine Elizabeth Mary Windsor au trône. Elle est le premier enfant du duc et de la duchesse d’York. Le duc est le second fils du roi George V, auquel a succédé tout naturellement, le 20 janvier 1936, le prince de Galles, Edward. Nièce du futur roi, elle est promise à devenir un membre mineur de la famille royale.
Le cheval, la passion de sa vie

Son enfance est idyllique. Mais le 10 décembre 1936, à la suite de l’abdication de son oncle, Edward VIII, son père monte sur le trône sous le nom de George VI. Devenue princesse héritière à 10 ans, Elizabeth se retrouve avec ses parents et sa jeune sœur, Margaret, propulsée, du jour au lendemain, sous les projecteurs de l’actualité.

Très vite, elle fait l’apprentissage des charges qui seront les siennes. Tandis que Margaret se distingue par sa fantaisie, Elizabeth se caractérise par son sérieux et son application. Sa gouvernante, la vicomtesse Marie-Antoinette de Bellaigue, lui enseigne le français. La princesse, alors âgée de 13 ans, prononce son premier discours officiel dans notre langue à l’occasion de la visite d’Etat à Londres du président Lebrun en 1939.

Elizabeth n’a jamais fréquenté aucune école. Des tuteurs privés l’initient également à l’allemand, langue dans laquelle elle a rapidement pu tenir une conversation, mais aussi à l’histoire et aux rudiments des affaires de l’Etat. La princesse apprend à monter à cheval, sport qui restera sa grande passion, de même que les courses et son écurie à ses couleurs. La vie de famille est calme, équilibrée, un peu guindée sous l’effet d’un protocole rigoureux.

Père adoré, George VI est un homme timide, foncièrement bienveillant, mais frappé d’un terrible bégaiement. De plus, il est tourmenté par une charge qu’il n’a ni cherchée ni souhaitée. Lors du déclenchement de la seconde guerre mondiale, en septembre 1939, le roi veut envoyer son épouse et ses deux filles au Canada, comme le suggère Winston Churchill, le premier ministre du Royaume-Uni.

Face au refus de la reine de le quitter, les princesses restent au château de Windsor, en dehors de Londres, plutôt qu’à Buckingham Palace, jugé trop vulnérable. Pour remonter le moral de la nation, « Lilibet », son surnom, princesse héritière, multiplie les apparitions publiques, en uniforme de grenadier de la garde ou en ambulancière alors qu’elle apprend à conduire au camp militaire d’Aldershot. Fin 1944, munie de son permis, Elizabeth, matricule 230873, rejoint l’armée de réserve, comme conductrice de camion. A plusieurs reprises, elle s’adresse à la radio à ses futurs sujets.
Reine à 26 ans

La paix revenue, Elizabeth accompagne ses parents dans leurs voyages, en province comme dans le Commonwealth, et prononce ses premiers discours. Son mariage, le 20 novembre 1947, avec un cousin éloigné, Philip Mountbatten, membre de la famille royale grecque et ancien écuyer du roi, est l’un des premiers reportages télévisés retransmis à travers l’Europe occidentale. De ce mariage d’amour apportant bonheur et équilibre nécessaires à l’exécution des tâches de souveraine naîtront quatre enfants : Charles (1948), Anne (1950), Andrew (1960) et Edward (1964). Ils donneront à Elizabeth et à Philip huit petits-enfants. Mais la santé de son père, atteint d’un cancer, épuisé par la lourdeur de la Couronne, chancelle.
A Buckingham Palace, en 1951, un an avant son accession au trône britannique.
A Buckingham Palace, en 1951, un an avant son accession au trône britannique. BARON/CAMERAPRESS / G19

En ce début 1952, aux côtés de Philip, la princesse effectue une visite officielle au Kenya, première étape d’une tournée qui doit l’emmener dans le sous-continent indien et en Australie. Le 6 février, le roi George VI meurt pendant son sommeil au château de Sandringham. Sa fille aînée, alors âgée de 26 ans, lui succède.

A l’aéroport d’Heathrow, le 7 février, les hommes politiques alignés derrière le chef du gouvernement, Winston Churchill, en pardessus noir, accueillent une fine et frêle silhouette qui descendait de la passerelle de l’avion en provenance d’Entebbe. Dans l’enveloppe contenant le document d’accession, le grand chambellan doit écrire le nom choisi par la nouvelle monarque. Elle aurait pu choisir Mary III plutôt que de risquer une éventuelle confusion avec sa mère, la reine Elizabeth. Elle opte en faveur de son premier prénom.

Le 8 février 1952, à 11 h 15, Elizabeth II est proclamée reine de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, cheffe du Commonwealth, gouverneure suprême de l’Eglise d’Angleterre et commandante en chef des forces armées britanniques.
Une nouvelle ère « élizabéthaine »

« Dieu m’aide à remplir dignement cette lourde tâche qui m’échoit si tôt dans ma vie », déclare le 40e souverain britannique à régner depuis Guillaume le Conquérant d’une voix un tantinet stridente mais assurée. Une photo mémorable montre les trois reines réunies – Elizabeth, sa mère et sa grand-mère Mary – autour du catafalque à Westminster Hall, portant de longs voiles noirs.

Avec ce cliché, le pays se sent immortel. La jeune reine est un nouveau maillon de la chaîne nationale à travers les âges, d’Egbert de Wessex aux Saxe-Cobourg-Gotha rebaptisés Windsor. Seize mois plus tard, elle est couronnée dans l’abbaye de Westminster, une cérémonie qui sera l’une des premières fêtes cathodiques depuis l’avènement de la télévision.
Elizabeth II lors de son couronnement, le 2 juin 1953, dans l’abbaye de Westminster, à Londres.
Elizabeth II lors de son couronnement, le 2 juin 1953, dans l’abbaye de Westminster, à Londres. CECIL BEATON/CAMERAPRESS / GAMMA

Winston Churchill évoque alors le début d’une nouvelle ère « élizabéthaine », en souvenir d’Elizabeth Ire (1558-1603), qui avait hérité d’un royaume désuni et faible et avait légué une nation riche et redoutée. Au début de son règne, la force d’Albion pouvait encore faire illusion.

Cette année-là, la Grande-Bretagne accédait au rang de puissance nucléaire. Mais le pays était épuisé économiquement par la victoire sur le nazisme chèrement acquise, la livre tombait, le produit intérieur brut chutait, les conflits sociaux se multipliaient, l’Empire craquait de toutes parts sous les effets de la décolonisation.

Elle s’appuie sur les mêmes piliers que la reine Victoria : le palais, l’armée, la religion et la noblesse

Dans les années qui suivent son couronnement, cette jeune femme apparemment effacée jouit d’un prestige personnel auquel personne ne s’attendait. Aucun doute, pour tenir la fonction, la reine possède un trait de caractère indispensable, que les uns appellent détermination, les autres autorité. Si elle n’a de la reine Victoria (1837-1901), sa trisaïeule montée sur le trône à l’âge de 17 ans, ni l’ironie cinglante ni le sévère chignon, le profil est le même, celui du contrôle de soi empreint de froideur.

Avec une habileté redoutable, elle contrecarre les manœuvres de son oncle, Lord Mountbatten, visant à restaurer la lignée éponyme remplacée par Windsor en 1917 en raison des sentiments anti-germaniques nourris par la population lors de la première guerre mondiale. Elle refuse ensuite le titre de consort à Philip et marginalise sa mère, dont l’influence demeurait grande au sein de la vieille garde du palais.
Elizabeth II et ses enfants le Prince Charles et la Princesse Anne, avec Winston Churchill, en 1953.
Elizabeth II et ses enfants le Prince Charles et la Princesse Anne, avec Winston Churchill, en 1953. CENTRAL PRESS / GETTY IMAGES

En 1955, elle oppose son veto au projet de mariage de sa sœur, Margaret, et du « group captain » Peter Townsend, directeur adjoint de la maison royale. De vingt ans son aîné, il est de surcroît divorcé, ce qui le rend inacceptable aux yeux de l’Eglise d’Angleterre. Peu à peu, les courtisans nommés sous le règne précédent sont écartés au profit de personnalités moins conservatrices, bien que sorties du même moule, rejetons de grandes familles et soldats de carrière. Elle s’appuie alors sur les mêmes piliers que la reine Victoria : le palais, l’armée, la religion et la noblesse.
Le glamour de Lady Diana

En 1981, elle donne son aval à l’union entre son fils aîné et Lady Diana, qui apporte à la monarchie britannique le glamour qui lui manquait. Mais quand les scandales entourant le couple princier menacent de déstabiliser la dynastie, la reine s’oppose vivement à son ex-bru, après son divorce en 1996. La souveraine était une femme traditionnelle. Longtemps, les divorcés avaient été bannis de sa cour, comble d’hypocrisie à la lumière des frasques matrimoniales de sa sœur et de trois de ses enfants.

Le recrutement des membres de la maison royale était entaché de sexisme. La reine, en fait, préférait travailler avec les hommes. Colonelle en chef de centaines de régiments, la reine était étroitement associée aux forces armées, avec lesquelles elle partageait le sens de la hiérarchie, mais elle n’a jamais eu d’écuyère. Il faudra attendre les années 1990 et une campagne du prince Charles pour que des Antillais puissent intégrer les régiments des grenadiers de sa garde.

 

Sur le plan politique, la reine a toujours scrupuleusement veillé à ne pas s’ingérer dans les affaires du gouvernement en faisant connaître sa position. Personne n’a jamais su ce qu’elle pensait du Brexit. Pas question pour la monarque de mélanger ses convictions personnelles avec les devoirs de sa charge. Elle n’avait d’ailleurs jamais donné d’interviews aux médias. La tonalité de son message de Noël, le seul discours qu’elle rédige sans contreseing ministériel, était toujours consensuelle. Rien n’a jamais transpiré de la teneur de l’audience privée hebdomadaire entre la cheffe de l’Etat et les locataires du 10 Downing Street.
L’incarnation du sacré

Selon la formule officielle, la reine est autorisée à « formuler des avertissements, donner des encouragements et des conseils ». Le souverain incarne le sacré sans détenir les leviers du pouvoir, assurant à la démocratie un équilibre inégalé. S’il dispose des dossiers les plus secrets dans ses fameuses boîtes rouges et d’un « conseil privé » composé des plus hautes personnalités du royaume, le chef de l’Etat joue en pratique un rôle de notaire contresignant des décisions prises par d’autres. Par exemple, le « discours du trône » qu’elle prononce chaque année est rédigé par son gouvernement.

 

Reste que malgré ces limites à son action, Elizabeth II n’avait vraiment rien d’un chef d’Etat potiche. La reine doit d’abord nommer le premier ministre. Le système électoral uninominal à un tour lui facilite, certes, cette tâche en dégageant une majorité à la Chambre des communes. Confrontée en 1974 à une assemblée introuvable, elle avait choisi le travailliste Harold Wilson, son premier ministre préféré, qui à ses yeux était mieux à même de former une équipe ministérielle soutenue par les libéraux que le conservateur Edward Heath. Même Margaret Thatcher, qui n’en faisait qu’à sa tête, avait reconnu l’intérêt de pouvoir s’entretenir avec une personnalité au courant des affaires du royaume mais au-dessus de la mêlée politique.
Une sensibilité centriste

Des témoignages de dignitaires, britanniques et étrangers, se dessinait le profil d’une monarque peu intéressée par les joutes parlementaires de Westminster. Elizabeth II était partisane d’une droite modérée. Son antipathie pour l’autoritaire Margaret Thatcher, les rumeurs faisant état de ses inquiétudes devant la dégradation du tissu social sous les tories, entre 1979 et 1997 et les risques d’éclatement du Commonwealth provoqués par le problème des sanctions contre l’Afrique du Sud de l’apartheid indiquent une sensibilité centriste. D’où sa bonne entente avec ses premiers ministres conservateurs de la vieille école, en particulier son mentor, Winston Churchill, les grands bourgeois Harold Macmillan et Anthony Eden ou l’aristocrate Lord Home.

Ses relations avec les chefs de gouvernement de droite issus de milieux populaires, comme Edward Heath, Margaret Thatcher ou John Major, avaient été plus difficiles dans la mesure où leur activisme, que ce soit en matière de privatisations ou au sujet de l’Europe, avait mis à mal l’unité du pays. Comme il n’y a pas plus monarchiste qu’un dirigeant travailliste, ses rapports avec Harold Wilson, James Callaghan et Tony Blair avaient été marqués d’une grande cordialité.

 

En général, les interventions personnelles de cette anglicane très croyante s’étaient limitées aux nominations des évêques du palais. Pour faire connaître publiquement son point de vue, la souveraine, toutefois, n’avait pas hésité à faire appel aux autres membres de la famille royale (le duc d’Edimbourg ou le prince Charles), qui ne s’étaient jamais privés de critiquer ouvertement la politique gouvernementale.
Une démarche fédératrice

Sa deuxième réussite avait été de fédérer les divers peuples du royaume. Le chef de l’Etat est garant de l’unité de la nation face à la multiplication des forces centrifuges aux marches du pays, en particulier en Ecosse.

Enfin, malgré l’adhésion, en 1973, du Royaume-Uni au Marché commun devenu Union européenne, la reine était parvenue à maintenir le lien avec le Commonwealth, la grande famille d’outre-mer vis-à-vis de laquelle elle avait une affection toute particulière. Son autorité morale à la tête de cette association regroupant les anciennes colonies lui avait permis de désamorcer trois crises constitutionnelles : l’Australie (1975), la Grenade (1983) et Fidji (1987).

La reine connaissait personnellement tous les chefs d’Etat du Commonwealth et de bon nombre d’autres pays. Elle avait été le premier souverain britannique à mettre les pieds en Russie (1994) et en Chine (1986). En mai 2011, la souveraine avait effectué l’un de ses plus délicats voyages officiels, une visite d’Etat en République d’Irlande qui fut un triomphe, malgré les blessures des deux côtés d’une guerre civile de trente ans dans l’Ulster toujours sous l’égide de la Couronne d’Angleterre.

Cédant aux pressions de son mari d’abord, du prince Charles ensuite, Elizabeth II avait accepté petit à petit de donner à l’opinion une image moins solennelle de la monarchie

Enfin, la monarque se considérait comme la cheffe de la « firme royale », comme avait baptisée son père la Royal House of Windsor. A elle, les grandes affaires du royaume, aux autres un créneau particulier : l’écologie et les minorités raciales (Charles), le sport (Philip), la santé (Anne), le commerce extérieur (Andrew)

Cédant aux pressions de son mari d’abord, du prince Charles ensuite, Elizabeth II avait accepté petit à petit de donner à l’opinion une image moins solennelle de la monarchie. Le fameux reportage de la BBC, diffusé en 1969, montrant la reine et sa famille en train de faire cuire des saucisses lors d’un pique-nique en Ecosse avait ouvert la voie de la médiatisation.

Après l’annus horribilis de 1992, lorsque Charles et Andrew avaient vu leurs couples respectifs exploser et que son château de Windsor, sa résidence favorite, avait été la proie des flammes, elle avait multiplié les gestes de communication avec ses sujets en sortant des sentiers battus et rebattus du protocole : visite à un pub, à un McDonald’s, à une HLM, gel de la liste royale pendant une décennie, utilisation d’avions charters pour les déplacements, vente du yacht Britannia. La plupart des vieilles barrières avaient été abattues.
Toujours réservée, souvent distante

Elizabeth II n’était toutefois pas du genre à convier à sa table des éboueurs, ni même à faire ses courses à bicyclette. D’ailleurs, peu de Britanniques souhaitent une telle popularisation d’une institution de nature à traverser les siècles, donc immuable. Comme disait l’essayiste Walter Bagehot (1826-1877), « on peut avoir une cour splendide ou pas de cour du tout, mais rien ne saurait justifier une cour médiocre ».

 

Elizabeth II en plusieurs dates

21 avril 1926 Naissance à Londres

10 décembre 1936 Abdication de son oncle Edward VIII. Le père d’Elizabeth, George VI, monte sur le trône

20 novembre 1947 Epouse Philip Mountbatten

14 novembre 1948 Naissance de Charles, prince héritier

15 août 1950 Naissance d’Anne, princesse royale

6 février 1952 Mort du roi George VI

8 février 1952 Elizabeth II est proclamée reine de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord, cheffe du Commonwealth, gouverneure suprême de l’Eglise d’Angleterre et commandante en chef des forces armées britanniques

2 juin 1953 Cérémonie du couronnement dans l’abbaye de Westminster

Avril 1957 Première visite officielle en France

19 février 1960 Naissance d’Andrew, duc d’York

Novembre 1963 Les Beatles donnent un concert devant la famille royale. La reine leur remettra l’ordre de l’Empire britannique en octobre 1965

10 mars 1964 Naissance d’Edward, comte de Wessex

24 janvier 1965 Mort de Winston Churchill, premier premier ministre de la reine

1977 Vingt-cinq ans de règne (Jubilé d’argent)

29 juillet 1981 Le prince Charles épouse Lady Diana Spencer

21 juin 1982 Naissance du prince héritier William, fils de Charles et Diana

1992 La reine qualifie cette année d’ « annus horribilis » après les divorces de deux de ses enfants (Andrew et Anne) et l’incendie d’une partie du château de Windsor

Décembre 1992 Séparation du prince Charles et de Lady Diana

Mai 1994 Inauguration du tunnel sous la Manche en compagnie de François Mitterrand

1996 Divorce du prince Charles et de Lady Diana

31 août 1997 Mort de Lady Diana dans un accident de la circulation à Paris

5 septembre 1997 Allocution télévisée de la reine où elle exprime son admiration pour Diana

2002 Cinquante ans de règne (Jubilé d’or)

9 février 2002 Mort de Margaret, sœur de la reine

30 mars 2002 Mort d’Elizabeth, mère de la reine

29 avril 2011 Mariage du prince William, duc de Cambridge, petit-fils de la reine, et de Catherine Middleton

Mai 2011 Première visite en Irlande depuis son indépendance en 1922

2012 Soixante ans de règne (Jubilé de diamant)

27 juillet 2012 La reine inaugure les Jeux olympiques de Londres

13 juillet 2016 Nomination de Theresa May, treizième premier ministre de la reine

19 mai 2018 Mariage du prince Harry, duc de Sussex, petit-fils de la reine, et de Meghan Markle

24 juillet 2019 Nomination de Boris Johnson, quatorzième premier ministre de la reine

9 avril 2021 Mort du prince Philip, duc d’Edimbourg, époux de la reine

8 septembre 2022 Mort à 96 ans

 

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crédit photo: capture d’écran

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