Polio : Après les Etats-Unis, le Royaume-Uni et Israël, le virus peut-il réapparaître en France ?

Des traces de ce virus quasiment éradiqué ont été retrouvées dans plusieurs pays du globe, posant la question de sa possible résurgence en France

En juillet, un cas de polio a été identifié à New York, le premier depuis près d’une décennie aux Etats-Unis.

Des traces du virus ont également été retrouvées dans différentes régions du globe, au Royaume-Uni, en Israël ou encore au Malawi.

Faut-il alors craindre une résurgence de cette maladie en France ?

On la pensait quasiment éradiquée de la surface du globe, remisée dans les archives des autorités sanitaires occidentales.

Pourtant, la polio n’a pas disparu. Le 21 juillet, les Etats-Unis ont enregistré leur premier cas de poliomyélite depuis près d’une décennie.

Un jeune homme hospitalisé pour une paralysie de la jambe et testé positif à la polio, dans le comté de Rockland, à quelques dizaines de kilomètres de Manhattan.

Des traces du virus ont ensuite été retrouvées dans les eaux usées de ce comté et d’un autre à proximité.

Un cas isolé ? Probablement pas, redoutent les autorités américaines.

Mi-août, le virus a cette fois été détecté dans les eaux usées de New York, « suggérant qu’il circule probablement localement », ont prévenu les autorités sanitaires de la ville.

Et ces derniers mois, d’autres régions du globe ont été touchées.

De quoi agiter le spectre d’une résurgence de cette maladie extrêmement contagieuse en France ?

Plusieurs poches de résurgence sur le globe

Aux Etats-Unis, « la détection du virus dans des échantillons d’eaux usées de New York est inquiétante, mais pas surprenante », a commenté Mary Bassett, une responsable sanitaire de l’Etat.

Ce qui l’inquiète, c’est que « pour chaque cas de la maladie identifié, plusieurs centaines pourraient rester non détectés ».

La polio, maladie extrêmement contagieuse et touchant notamment les enfants de moins de 5 ans, peut causer une paralysie permanente des membres, voire la mort dans certains cas.

Elle est causée par le poliovirus, dont il existe plusieurs formes.

Sous l’impulsion de gouvernements nationaux, de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) ou de l’UNICEF, le lancement en 1988 de l’Initiative mondiale pour l’éradication de la poliomyélite (IMEP), accompagné d’un déploiement massif de la vaccination, l’a pratiquement éradiquée dans le monde.

« Le nombre de cas dus au poliovirus sauvage a diminué de 99 % depuis 1988, passant de 350.000 cas estimés dans plus de 125 pays d’endémie à seulement six cas notifiés en 2021 », rapporte l’OMS.

Seules exceptions : l’Afghanistan et le Pakistan, où une souche endémique de poliovirus sauvage se propage.

Pourtant, on l’a dit, depuis le début de l’année, plusieurs poches de résurgence ont été mises au jour.

En juin, les autorités britanniques ont annoncé avoir détecté des traces d’une forme de polio dans huit arrondissements de Londres, avec une « diversité génétique » suggérant « une transmission du virus », même si « personne n’a été diagnostiqué avec le virus », a rassuré le ministre de la Santé, Steve Barclay.

En Israël, neuf enfants ont été testés positifs depuis mars, dont huit asymptomatiques. Or, les personnes ne développant pas de symptômes peuvent malgré tout transmettre la maladie.

Et en février, un cas a été détecté au Malawi.

« Le premier cas de poliovirus sauvage en Afrique depuis plus de cinq ans » a indiqué l’OMS, précisant qu’il s’agissait « d’un cas importé du Pakistan ».

Problème, « tant que le virus de la polio sauvage existe quelque part dans le monde, tous les pays sont exposés au risque de l’importer », selon le Dr Matshidiso Moeti, directrice régionale de l’OMS pour l’Afrique.

Le vaccin oral dans le viseur

Seule solution pour éradiquer cette maladie pour laquelle aucun traitement n’existe : la vaccination.

A ce jour, « deux vaccins sont disponibles : le vaccin antipoliomyélitique oral (VPO) et le vaccin antipoliomyélitique inactivé (VPI), ajoute l’OMS.

Les deux sont efficaces et sûrs ».

Mais l’un soulève un autre problème : le VPO peut entraîner des contaminations chez les personnes non vaccinées.

La France bien vaccinée, mais…

Et dans l’Hexagone, sommes-nous suffisamment protégés ? « Le pays bénéficie d’une couverture vaccinale très élevée vis-à-vis de la poliomyélite : 99 % pour la primo-vaccination et 96 % pour le rappel chez les nourrissons en 2019 », rassure Santé publique France.

Une vaccination qui repose sur l’utilisation du VPI, qui ne présente pas le risque de mutation et de transmission du virus associé au VPO.

Toutefois, « la couverture vaccinale a ses poches d’hétérogénéité, souligne Antoine Flahault, épidémiologiste et directeur de l’Institut de santé globale à la faculté de médecine de l’université de Genève.

Ainsi, en 2004, elle n’était que d’environ 75 % à l’âge de 2 ans, et non de 96 %, dans les départements de la Creuse, du Lot-et-Garonne et de la Guyane.

Ce qui met ces populations à risque en cas de circulation virale réémergente ». Nombre de Français ne sont ainsi pas à jour de leurs rappels.

Face au risque potentiel, « les autorités sanitaires restent vigilantes par rapport au risque d’introduction de souches de poliovirus dérivées du vaccin liée à des personnes en provenance de pays dans lesquels le VPO reste utilisé, assure Santé publique France.

La surveillance clinique et biologique coordonnée par le Centre national de référence des Entérovirus et Parechovirus permet de détecter toute suspicion clinique ».

Pour Antoine Flahault, il y a « urgence, même en France, à rechercher le virus dans les eaux usées, afin de pouvoir éventuellement relancer la vaccination des enfants insuffisamment couverts si le virus venait à y être détecté ».

D’après Santé publique France, « le dernier cas de poliomyélite autochtone remonte à 1989 ».

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Crédit photo : Capture d’écran

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