« Je scrollais comme un robot », « j’avais l’impression d’avoir une vie de merde »… Ils ont arrêté les réseaux sociaux pour préserver leur santé mentale

L’acteur Tom Holland a annoncé ce dimanche sur Instagram se retirer des réseaux sociaux afin de préserver sa santé mentale, et il n’est pas le seul à avoir pris cette décision

Dimanche, Tom Holland, qui incarne Spiderman à l’écran, a annoncé sa décision de se retirer des réseaux sociaux, dont il craint les effets délétères sur sa santé mentale.

Heures passées à scroller frénétiquement, mise en scène de soi, quête de « likes » et perte d’estime de soi : les réseaux sociaux peuvent en effet affecter la santé mentale de nombre de leurs utilisateurs.

Alors, comme Tom Holland ou encore Selena Gomez avant lui, de plus en plus de jeunes adolescents et adultes prennent la même décision pour leur propre bien.
Fini pour lui Instagram et Twitter.

Ce dimanche, l’acteur Tom Holland a annoncé sur Instagram à ses 67 millions d’abonnés sa décision de se retirer des réseaux sociaux.

Le but : préserver sa santé mentale. Dans la vidéo, déjà visionnée plus de 22 millions de fois, l’interprète de Spiderman explique « trouver Instagram et Twitter surstimulants, accablants (…).

Je vrille quand je lis des choses sur moi en ligne, confie l’acteur de 26 ans.

Donc j’ai décidé de me retirer des réseaux sociaux et supprimer ces applis ».

Avant lui, Selena Gomez a pris la même décision, en 2018.

La star aux 343 millions d’abonnés Instagram a fait une croix sur les réseaux sociaux, estimant qu’ils avaient un effet délétère sur sa santé mentale.

Comme eux, de plus en plus de jeunes font le choix de s’en tenir à l’écart.

Entre les heures passées à scroller et l’impression que les autres ont une vie plus belle, beaucoup ont décidé de zapper les réseaux de leur existence, pour retrouver un bien-être égaré face à leur écran.

« Ça m’a donné l’impression d’avoir une vie de merde »
Mathilde*, 22 ans, évite Instagram depuis peu : « Cet été, je n’ai pas de vacances, et pas beaucoup d’argent non plus, alors j’ai arrêté d’aller sur Insta, parce que voir les stories de potes et des influenceuses en vacances dans de super endroits et sans limite de budget, ça m’a donné l’impression d’avoir une vie de merde, ça me rendait triste.

Je me suis demandée pourquoi je m’infligeais cela. »

Un sentiment souvent éprouvé.

« Les réseaux sociaux sont un concentré de narcissisme aigu, et quand on n’a pas de quoi rivaliser, c’est douloureux, analyse Robert Zuili, psychologue clinicien spécialiste des émotions et des interactions sociales.

Cela nous confronte à des émotions très dysfonctionnelles : soit la colère, parce qu’on trouve la situation injuste, soit la peur, parce qu’on se demande si on va malgré tout réussir à faire partie d’un groupe, à être aimé.

Et quand on a le sentiment de ne pas y parvenir, la peur ou la colère se transforme en tristesse, une émotion qui renvoie à des sentiments très forts et douloureux comme la honte, la culpabilité et la dévalorisation de soi.

C’est là où on entre dans un cercle vicieux destructeur qui va altérer l’estime de soi.

Et c’est là où la démarche de Tom Holland est intelligente, courageuse et nécessaire, pour rompre avec cette spirale qui tire vers le bas ».

Si la déconnexion totale peut être salvatrice, « a minima, il est important de savoir se discipliner, de regarder des choses qui nous plaisent, nous apportent quelque chose, pas de regarder les stories d’inconnus auxquels on ne peut pas s’identifier parce qu’ils sont inaccessibles, ont des niveaux de vie ou de notoriété auxquels on n’est pas en capacité d’accéder aujourd’hui, prescrit le psychologue.

C’est la clé ».

« Mon estime de moi-même en pâtissait »
C’est ainsi que Maxime*, a quitté les réseaux il y a six ans maintenant.

« Je ne me retrouvais pas dans cette quête du « like », le « m’as-tu-vu ? » et la mise en scène de soi pour du clic, raconte l’homme de 32 ans.

J’en suis arrivé à un point où mon estime de moi-même en pâtissait, où je saturais des réseaux.

Quand j’ai coupé, j’ai d’abord ressenti un vide dans mes journées, une sorte d’ennui, qui est rapidement passé.

Je n’ai jamais refait de compte, même si l’idée m’a parfois traversé l’esprit.

Je pense vraiment que les réseaux peuvent être délétères pour des personnes fragiles. »

« C’est vrai, confirme Robert Zuili : les réseaux sociaux sont confrontants, particulièrement pour les jeunes qui sont en construction de personnalité, et qui sont en quête d’un idéal de soi.

Ils ont le sentiment que les réseaux vont leur permettre de donner d’eux une image valorisante sauf que c’est une quête difficile.

D’autant plus qu’ils auront toujours l’impression qu’il y a mieux qu’eux : d’autres qui, à leurs yeux, vont présenter les choses de manière différente, plus attractive.

Et si l’estime de soi est fragile, la quête d’un idéal de soi à travers les réseaux sociaux devient impossible, cela pousse soit à se déprécier parce qu’on se trouve nul, soit à entrer dans une spirale infernale où on veut toujours faire mieux. »

« J’ai éprouvé une forme de rejet de moi au naturel, sans filtre »
Des raisons qui ont poussé Anna, 16 ans, « à ne plus regarder et poster des photos avec filtre.

A la longue, j’ai éprouvé une forme de rejet de moi au naturel, sans filtre : ma peau n’était pas assez nette, mon nez pas assez fin, mon corps pas assez parfait.

Et même si je sais que les autres filles postent des photos retouchées, je n’arrivais pas à m’empêcher de penser qu’elles étaient toutes plus jolies que moi au naturel, je me sentais moche. »

« Les réseaux sociaux sont une chambre d’écho à cette vulnérabilité potentielle.

Ils nous confrontent à une réalité augmentée très forte, et qui peut venir se substituer à nos repères issus de la réalité, décrypte Robert Zuili.

Quand on utilise des filtres pour se rendre beau, on est dans une quête de perfection qui est malheureusement sans fin.

C’est ce qui explique pourquoi beaucoup de jeunes vont de plus en plus tôt vers la chirurgie esthétique pour ressembler à ces modèles de pseudo-perfection mis en avant sur les réseaux ».

« Les commentaires sont ce qu’il y a de plus terrible »
Mélanie*, elle, n’a plus supporté la haine gratuite crachée à longueur de commentaires sous ses posts Instagram, où elle partageait ses recettes de cuisine.

« J’ai supprimé mon compte il y a un mois, alors que depuis sept ans, j’y passais au moins trois heures par jour pour voir et créer du contenu. Sur les réseaux, les commentaires sont ce qu’il y a de plus terrible.

Chacun y va de son « opinion », pourvu qu’elle soit la plus cynique, insultante et irrespectueuse.

Voir mon contenu parasité par des commentaires haineux, pour faire mal gratuitement, a mis un coup à ma santé mentale.

J’ai commencé à vouloir dialoguer, mais les anonymes qui se lâchent dans les commentaires ne cherchent pas à discuter, déplore la femme de 38 ans.

On cogite, on se demande ce qu’on a fait de mal.

On se remet en question, on doute de sa valeur.

On bloque, on supprime, on s’épuise… »

« C’est ce qui est complexe avec les réseaux sociaux : il n’y a pas de répit, on ne peut pas débrancher, d’où une certaine charge mentale, souligne le psychologue clinicien.

C’est comme une tension permanente qui fait qu’on ne peut pas s’empêcher d’y retourner pour voir ce qu’il s’est passé, parce qu’on a le sentiment d’être connecté au monde, d’exister.

C’est là le paradoxe de cette connexion qui nous use. »

Veuillez fermer la vidéo flottante pour reprendre la lecture ici.

« J’y passais tout mon temps »
A 44 ans, Vincent* s’est « déconnecté d’Insta et Facebook le 31 décembre dernier.

Je perdais énormément de temps sur ces applis : dès que je prenais mon mobile, je scrollais comme un robot ! » Idem pour Léa* 14 ans, qui était « accro à Tik Tok.

J’y passais tout mon temps, j’étais toujours fatiguée, je ne parlais à personne et j’étais enfermée dans ma chambre.

J’ai compris que c’était mauvais pour moi, je suis très contente d’avoir arrêté TikTok.

Maintenant, j’utilise seulement Snapchat pour communiquer avec des amis ».

« Ces applis peuvent devenir addictives parce qu’elles plongent les utilisateurs dans une illusion de plaisir permanent.

Un plaisir qui peut rendre insatiable, prévient Robert Zuili.

Certains peuvent arriver à se sevrer seul. Le cas échéant, il faut savoir demander de l’aide, permettre à l’autre de nous faire le cadeau de s’occuper de nous, de nous poser des limites.

A charge pour nous ensuite de nous investir d’autres centres d’intérêt susceptibles de nous faire plaisir.

Là, revenir sur les réseaux ne sera pas problématique. »

* Le prénom a été modifié.

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Crédit photo : capture d’écran

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