Ces requins menacés d’extinction qui nagent dans les eaux françaises

 

Plus d’une cinquantaine d’espèces de requins nagent dans les eaux métropolitaines françaises. Entraînant, dans leur sillage, la question de leur préservation.

 

Long de plusieurs mètres, jaillissant des fonds marins, la gueule béante. Si l’imaginaire collectif pouvait dessiner un requin, c’est sûrement ainsi qu’il représenterait le prédateur marin. Au risque, pourtant, de gommer la diversité de ses espèces. Petits ou grands, depuis la petite roussette, en passant par l’émissole tachetée, jusqu’au requin-pèlerin, ces poissons cartilagineux qui nagent près ou loin de nos côtes n’ont pas toujours (ou presque) le physique patibulaire qu’on leur prête au cinéma.

 

S’il fiche un peu la frousse, le requin-taupe est inoffensif.

 

Samuel Iglesias, enseignant-chercheur à la Station marine de Concarneau (Finistère), dénombre « cinquante-neuf espèces¹, officiellement, dans les eaux françaises (métropolitaines). » Officiellement parce que parmi elles, certaines n’ont été observées qu’une ou de rares fois, tandis que d’autres ne l’ont pas été « depuis plusieurs décennies, explique l’ichtyologue. Les populations d’un certain nombre d’espèces ont tellement périclité à cause des activités de surpêche [plus de 70 % en cinquante ans, selon une étude, N.D.L.R.] que maintenant elles sont quasiment éteintes ou virtuellement absentes des eaux françaises. »

 

La petite roussette fait partie de la famille des requins.

 

Conservation

Impossible d’évoquer les élasmobranches (sous-classe regroupant les requins et les raies), sans parler de leur protection. 37 % de ces espèces sont considérées comme menacées par l’Union internationale pour la conservation de la nature.

Victimes directes ou indirectes, c’est-à-dire accidentelles, de la pêche. « On considère, à l’heure actuelle, qu’il n’y a aucune espèce de poisson marin disparu, du fait des activités humaines. On est dans le siècle qui va en voir s’éteindre. Parmi les espèces les plus proches de l’extinction en mer, on a des élasmobranches », assure Samuel Iglesias.

La question est d’autant plus sensible que les chondrichtyens ont « ce qu’on appelle une stratégie, d’un point de vue écologique, K par opposition à la stratégie R », détaille le chercheur. À savoir une longue vie, mais une fécondité faible et une maturité sexuelle tardive. À l’inverse, par exemple, de la sardine, dont la durée de vie est courte, mais qui possède une très grande fécondité et maturité sexuelle précoce. « Si on exerce une pression de pêche, (leur) capacité à recouvrir un état initial va être plus long que pour une sardine. »

 

L’association pour l’étude et la conservation des sélaciens (Apecs), basée à Brest, mène depuis 1998 un programme national de recensement des observations de requins-pèlerins. Au printemps et l’été, le squale, qui peut atteindre jusqu’à douze mètres et peser jusqu’à cinq tonnes, vient se nourrir de plancton, près de la surface. Entre 1998 et 2017, le collectif a recensé 1 970 signalements de requins-pèlerins, soit 2 531 individus. « C’est très variable d’une année à l’autre », souligne Éric Stephan, cofondateur et coordinateur de l’Apecs.

La question de la pêche

Pour Samuel Iglesias, « il y a un très grand décalage entre la réalité, sa connaissance et les réglementations qui vont suivre ». Le scientifique prend l’exemple du squale bouclé, dont les dernières captures – alors encore autorisées- datent du XXe siècle. Il en conclut qu’« il n’y a pas de principes de précaution pour ce type d’espèces très sensibles à la pêche ».

 

Pour celles qui sont protégées, la « pêche non sélective peut (leur) être fatale », ajoute-t-il. L’ichtyologue recommande une gestion « liée à l’espace », c’est-à-dire d’interdire durablement des zones à la pêche, « seule mesure efficace pour éviter la disparition totale, voire d’extinction, de la présence des élasmobranches dans les eaux françaises ».

Éric Stephan, cofondateur et coordinateur de l’association pour l’étude et la conservation des sélaciens (Apecs), imagine, lui, des « ​mesures de protection saisonnières » tandis que pour le vétérinaire Éric Clua, directeur d’études à l’école pratique des hautes études (Criobe), « il faut arrêter la pêche industrielle à l’échelle planétaire ».

« Dans le cadre de la pêcherie de thon rouge à la ligne, on a mis en œuvre des actions pour mieux connaître la problématique des captures accessoires : quelles espèces étaient concernées et avec quelle fréquence. Pour savoir quelles mesures prendre pour les réduire », souligne de son côté Bertrand Wendling, directeur général de la coopérative des pêcheurs de Sète (Hérault). Interdiction de monter à bord les espèces sensibles, obligation de les rejeter vivantes en mer en les marquant pour suivre leurs évolutions, tests de dispositifs pour les faire fuir, utilisation d’une application « EchoSea » permettant notamment d’identifier leurs zones de concentration afin de les éviter… La pêcherie est estampillée de deux écolabels, lui imposant « des obligations de résultat », explique-t-il. Selon lui, « si le taux de capture est faible et le taux de survie important, vous ne mettez pas en péril la pérennité de l’espèce ».

 

Quid des attaques ?

Contrairement aux territoires d’Outre-mer, à l’image des récentes morsures en Polynésie française ou de la « crise requin » à La Réunion, les potentielles attaques de squales sont « quasiment un non sujet » en métropole, souligne Samuel Iglesias. Cinq attaques ont été recensées en France métropolitaine depuis… 1847, selon l’ International Shark Attack File .

« L’homme n’est pas une proie instinctive du requin », rappelle Éric Clua. Le vétérinaire fait la différence entre « deux types d’espèces de requins » . Le requin blanc, le requin tigre, le requin bouledogue, le requin océanique « vont être capables de s’en prendre à l’homme dans un but de prédation, c’est-à-dire pour se nourrir, même si ça arrive peu fréquemment ».

Et en face, « plein d’autres espèces qui peuvent mordre l’homme, mais pour d’autres raisons. Ce sont des morsures de compétition, territoriales, de défense… Elles vont être superficielles et sont souvent liées à une méconnaissance des requins ou à des interactions inappropriées, comme le feeding, quand on donne à manger volontairement à des requins. »

Il précise que « les quatre espèces qui posent problème dans les Outre-mer et à l’échelle mondiale ne sont pas présentes sur les côtes métropolitaines françaises ».

 

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crédit photo: capture d’écran

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