Je dois prouver à l’administration que je ne suis pas mort

Apprenant qu’il est décédé depuis sept mois, un retraité voit ses droits interrompus et ferraille pour faire valoir son droit à exister.

C’est jour de marché dans le quartier.

J’en profite pour passer à la banque pour commander un nouveau chéquier.

Action inhabituelle, car depuis plusieurs années, je ne corresponds avec ma banque que par Internet.

La personne qui me reçoit prend donc normalement en compte ma demande.

J’écris « normalement » parce que cette même personne, trois heures plus tard, m’appelle sur mon portable.

Visiblement très gênée, elle me dit : « Désolé de vous déranger, je sais que vous êtes vivant puisqu’on s’est vus ce matin, or vos caisses de retraite complémentaires viennent de nous adresser un mail pour nous demander de confirmer votre décès, d’envoyer en retour un acte de décès si nous en disposons et de suspendre tous vos versements. » Il est écrit précisément dans le mail adressé à la banque : « Nous avons reçu une information nous indiquant que votre allocataire serait décédé. »

Au passage, avec mon déplacement bienvenu à la banque le matin, j’évite de justesse le blocage de mes comptes bancaires.

Donc je suis déclaré mort !

Ma première pensée est pour mon épouse.

Et si, alors que j’étais en déplacement, elle avait appelé la banque pour un renseignement et on lui avait répondu que j’étais décédé ?

Je saisis aussitôt mon téléphone pour contacter mes caisses de retraite complémentaires.

L’Agirc-Arrco d’abord. « C’est le fichier national RNIPP [Répertoire national d’identification des personnes physiques, qui permet de savoir si une personne est vivante ou décédée], m’est-il répondu, qui a déclenché une procédure informatique automatique de suspicion de décès vous concernant.

Ses conséquences, ce sont l’envoi de trois courriers, l’un à votre mairie de naissance, l’un à la mairie de votre domicile, l’autre à la banque où sont versées vos pensions.

Comme vous nous avez informés être toujours en vie, nous rectifions les informations erronées du système informatique.

» « Toutefois, m’est-il enfin précisé, nous vous recommandons de vous rapprocher de la Cnav, retraite de la sécurité sociale. »

« Certificat de vie »

Je téléphone donc le lendemain à la Cnav. Après un quart d’heure d’attente, une personne décroche.

Je décline mon identité, mon adresse, mon numéro de sécurité sociale, etc.

Cette personne me dit alors : « Si vous me téléphonez, c’est donc que vous n’êtes pas mort ! » Je note, au passage, qu’on ne manque pas d’humour dans l’administration.

Elle ajoute : « La date de votre décès remonterait au mois de novembre 2021 [il y a sept mois !].

Fort heureusement, nous n’avons pas encore suspendu votre retraite.

Toutefois, il faudrait que vous envoyiez un certificat de vie pour être sûr qu’il s’agit d’une erreur vous concernant. »

En fait, contrairement à la promesse faite, la CNAV suspendra ma pension début juin.

Mais, comme disait Jacques Chirac, « les emmerdes, ça vole toujours en escadrille ».

Informant la Cnav d’un rendez-vous chez mon ophtalmologue deux jours plus tard, je m’entends répondre que ma carte vitale n’est plus valable.

Après avoir essayé en vain de me connecter sur mon compte Ameli, je téléphone à l’Assurance maladie et je patiente de nouveau, cette fois-ci une demi-heure.

La personne qui répond me fait décliner mes nom, prénom et numéro de sécurité sociale. Jusque-là, tout va bien.

Mais tout se complique quand elle me demande mon adresse (celle où me sont envoyées toutes les correspondances avec la sécurité sociale depuis plus de trente ans) : « Je n’ai pas la même adresse.

Auriez-vous une autre adresse ? » Je lui réponds par la négative.

Elle me demande de patienter.

Dix minutes après, elle me dit : « L’état civil vous a déclaré décédé au mois de novembre 2021 et vos droits sont interrompus depuis le 10 mai !

Pour une réouverture des droits, il faut vous rendre à votre mairie pour vous faire établir un certificat de vie. »

Et d’ajouter : « Envoyez ce courrier en lettre normale et surtout pas en recommandé ! » Allez comprendre pourquoi…

Je lui demande si les droits sont aussi suspendus pour mon épouse.

Elle me répond que non, mais qu’elle doit faire mettre à jour de sa carte vitale.

Avec une telle histoire, devenu prudent, je lui recommande de ne pas le faire tout de suite, parce qu’elle a probablement dû être déclarée veuve !

Après de très longues minutes passées au téléphone, c’est la deuxième fois qu’on me parle de « certificat de vie », dont je ne connaissais pas l’existence.

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