Scandales alimentaires: la CGT dénonce les ravages de la rentabilité financière à tout prix

La qualité des produits contre les profits. Malgré un contexte politique saturé par les remous post-législatives, la CGT a voulu remettre ce mardi le sujet de la sécurité alimentaire sur la table lors d’une conférence de presse. «Vous savez, la CGT a 130 ans, on mène le combat pendant et hors des élections», a insisté Julien Huck, secrétaire général de la Fnaf-CGT (Fédération nationale agroalimentaire et forestière), après les échanges. Les scandales successifs des géants de l’agroalimentaire Buitoni, Kinder et Lactalis ont mis le thème au menu de 2022.

 

Conditions de travail dégradées

En avril, l’usine Buitoni du nord de la France a été fermée après la découverte de pizzas contaminées par la bactérie Escherichia coli (E. coli) qui a provoqué le décès de deux enfants. Depuis, a éclaté la très mauvaise surprise des œufs Kinder de la multinationale italienne Ferrero, infectés par des salmonelles juste avant Pâques, ainsi que des produits de Lactalis, potentiellement infectés par la listéria. «Lactalis a la tête dure mais nous aussi», scande Julien Huck, rappelant que le groupe n’en est pas à son premier scandale sanitaire. Il y a cinq ans déjà, la contamination à la salmonelle de lait infantile produit dans une de ses usines à Craon (Mayenne) avait scandalisé, avec des dizaines de bébés contaminés et 300 plaintes déposées.

Le cégétiste Julien Huck est formel : ces «scandales sanitaires ne sont pas les résultats de la faute à pas de chance mais ceux d’une politique délibérée, axée sur une rentabilité à tous crins subie par les consommateurs et les travailleurs». Si les failles en matière de contrôles sanitaires ont été massivement pointées du doigt au moment de ces scandales, le deuxième syndicat de France tient ici à souligner le rôle que les conditions de travail, jugées dégradées, ont pu jouer. «Les questions de sécurité alimentaire ne peuvent pas être remises en question par la rentabilité financière», martèle Maryse Treton, de la fédération CGT de l’agroalimentaire.

 

Des hygiénistes aux intérimaires

La syndiquée cite l’exemple de Nestlé passé de 16 heures de production et de 8 heures de nettoyage la nuit en 2015 à 27 heures de production (les cycles de travail se comptent en 27 heures) et 5 heures de nettoyage la nuit. «Les hygiénistes, qui étaient un métier très spécialisé, ont quasiment disparu des grands groupes pour laisser place à des salariés de production plus ou moins formés ou des intérimaires», déplore-t-elle.

Pour le syndicat, les solutions sont à portée de main. Maryse Treton dénonce «la casse des droits sociaux du couple Macron-Pénicaud» depuis les ordonnances travail de 2017, souvent cognées par les syndicats pour avoir «brisé» le dialogue social. La centrale exige donc le retour des CHSCT (comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail), l’organisation représentative du personnel qui était en charge de la protection des travailleurs notamment en matière d’hygiène, de santé et de sécurité. Elle est remplacée depuis 2020 par le comité social et économique (CSE), «où toute possibilité d’action a été rabougrie», juge-t-elle. La garantie d’un droit de retrait des salariés si un problème de qualité des produits se pose est également demandée par la centrale.

A ce sujet, Julien Huck cite l’exemple d’un salarié qui aurait été licencié par un géant de l’agroalimentaire après avoir dénoncé un temps de nettoyage divisé par deux dans son usine, passant de 8 à 4 heures, et exercé son droit de retrait. «Le nettoyage est improductif, c’est ce qui pose problème au patronat, mais il permet d’assurer la sécurité et la qualité de l’alimentation», assure-t-il. Le syndicat remet aussi sur la table sa marotte : la réduction du temps de travail à 32 heures afin d’améliorer les conditions de travail des employés.

 

«Il faut embaucher des fonctionnaires»

Le gouvernement a, de son côté, répondu à cette crise par la création d’une police unique, chargée des contrôles de sécurité alimentaire, et placée sous la tutelle du ministère de l’Agriculture. Le décret, transférant des missions et potentiellement des agents de Bercy au ministère de Marc Fesneau, est entré en vigueur début juin. Pour le numéro un de la CGT, Philippe Martinez, cela pose «la question du nombre d’emploi de la fonction publique» : «Il existe une pénurie de fonctionnaires donc on déplace les employés. Mais cela ne suffit pas, il faut en embaucher et les payer justement».

De son côté, le syndicat Solidaires CCRF & SCL, première organisation syndicale à la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF), s’est justement mobilisé ce mardi à deux reprises pour contester ce décret. Ils étaient un peu moins d’une centaine devant Bercy en début d’après-midi, selon le cosecrétaire du syndicat Roland Girerd.

Ce dernier s’inquiète de la «privatisation» d’une partie des contrôles de sécurité sanitaire d’ici 2023, suite à un compte rendu d’une réunion interministérielle datant du 6 mai. Selon le document, que Libération a pu consulter, «ce transfert s’accompagne d’objectifs de renforcement des contrôles». En clair, il y aura plus de contrôles avec des «effectifs insuffisants» au sein du ministère de l’Agriculture, traduit le syndicaliste. D’où la perspective, prévu dans le document, de recourir à de la «délégation». Ce qui veut dire que ces vérifications pourront être effectuées par des prestataires extérieurs. Roland Girerd déplore : «Des entreprises pourraient choisir qui va les contrôler, il n’y a plus cette indépendance qui existe chez les agents publics. Les consommateurs risquent d’être encore plus les victimes de la rentabilité.»

 

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crédit photo: capture d’écran

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